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marbre noir

1 - (« L’éducation au voyage - Pratiques
touristiques et circulations des savoirs »,
sous la direction Emmanuelle Peyvel, 2019)

2 - Galerie des images Albert Kahn

 

  1. La bougeotte 

 


           Le voyage est une quête. Souvent celle d’un lieu, beau et inconnu, qui serait comme une évidence fabuleuse. Dans cet espace, la disparition des responsabilités quotidiennes donneraient la possibilité d’être « autre ». Par essence, le voyage est le rêve d’un quotidien transformé en divine apesanteur. Le mirage d’une vie éventuelle. L’ouverture à la découverte permet un état plus apte à l’apprentissage de nouveaux savoirs (1). Il existe donc une recherche éducative permettant l’observation de soi-même, avec plus de distance.

On peut différencier le voyage du tourisme dans ses caractéristiques temporelles. Ainsi, le voyage peut durer quelques jours, un mois, un an ou peut-être une vie car il ne suit pas systématiquement la logistique, la coordination, l’efficacité, et le parcours bien définit lors de la pratique touristique. D’ailleurs, « voyageur » pourrait bien être un métier quand on observe l’histoire : au début du XXe siècle, Albert Kahn envoya des « opérateurs » dans différents pays afin de documenter des pratiques, des paysages et des modes d’activités humaines sur un projet ambitieux d’inventaire visuel mondial (« Les Archives de la Planète »). Les « opérateurs » étaient des spécialistes de l’archivage et de la documentation. Ils avaient des qualifications précises (géographie, photographie, écriture) et un but donné, faisant de leur statut de « voyageur » un véritable métier.  L’imaginaire actuel de l’« opérateur » est pourtant assez éloigné de celui du voyageur. Communément, les pensées se dirige vers les opérateurs téléphoniques/internet, ou vers des métiers d’exécutions techniques s’inscrivant dans des processus globaux de fabrication (industrie, médical, spectacle…). Bien qu’indispensables, ces opérateurs sont souvent invisibles et peu valorisés car ils ne se situent ni au début, ni à la fin, ni à l’origine de la chaîne de production.
Si le statut du voyageur peut être redéfinit, celui du voyage aussi. Les logiciels de recherche internet ne sont-ils pas nommés « navigateurs web » ? Par cette appellation, ils invitent à naviguer sur des houles de codes, à explorer le monde dans son immensité intangible. Le voyage virtuel comporte cependant les mêmes caractéristiques que le voyage physique : découverte, incertitude, flânerie, temps, perdition, apprentissage. 

 

Ce mémoire sera donc un voyage physique et virtuel, en milieu urbain, avec pour posture celle de l’exploratrice-opératrice de proximité. Le lieu d’expédition sera mon lieu de vie : un quartier du 18ème arrondissement de Paris, souvent enjolivé sous l’appellation : « Village Ramey ». La nostalgie d’un village, mitoyen à une destination surtouristique de la capitale : Montmartre. Chaque jour, des personnes venues du monde entier recherche leur « merveilleux » à quelque centaines de mètres de mon « quotidien ». Face aux flux surabondants que cela entraine, le sentiment parisien qui m’a longtemps traversé était celui de l’écart. Je ressens aujourd’hui qu’il n’est plus possible d’envisager les choses sous cet angle. Que les frontières ne peuvent être instaurées sur l’éventualité d’un rêve ambigu : celui d’explorer un jour le pays d’une de ces personnes. Qu’il faut changer de représentation pour envisager la ville autrement. Ma conception du voyage et les pratiques de découverte qui en découlent (le déplacement conscient, le travail de la mémoire, l’intuition physique, la dérive, le but) peuvent démarrer ici-même, dans mon quotidien. Enfin, puisque dans cette conception, le voyage prends son sens dans l’aboutissement d’une recherche, celui-ci sera conduit d’une quête. La quête d’une personne disparue, dont la seule trace d’existence est celle d’un objet oublié.

La quête de Cristina Tolentino.
 

Cliquer sur la boule de feu pour accéder à la notice et à la carte de navigation.  L’espace virtuel ne vous sera certainement pas inconnu. Dans le cadre de cette recherche, les usages de cet outil ont été détournés, envisageant ainsi un numérique alternatif. 


 

 

 

 

 

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